mardi 30 octobre 2012

"Toi..."



Je sais bien que parfois je joue ma brave, ma coriace, mon endurante, car je refuse avant tout qu’on s’apitoye sur moi, qu’on pense devoir me conseiller, m’éviter un chagrin, un souci !

Mais il est vrai, que ne compter que sur moi (ou presque), aura permis l’avantage de ne rien devoir à personne, et une certaine liberté qui en découlait. Mais aussi, d’acquérir face à des situations que je trouvais à risques, une assurance certaine, ou une certaine assurance (c’est selon)...

Ne pas compter sur les autres, c’est aussi savoir qu’on saura faire face si ceux-ci se désistent ou ne font pas réellement preuve de constance, pire... de compétence. Et là « bonjour les embrouilles ».

Et toi... tu es venu avec toute ta superbe attitude, ton obstination à faire en sorte que j’aie confiance en toi, confiance en ton courage, en ta force, en ta façon de voir les choses (bien moins alarmiste que la mienne, il va sans dire)...

Tu m’as démontré que s’appuyer sur l’autre, lui attribuer un droit de regard, de critique, de faire, est une opportunité très bonifiante pour la relation, mais aussi pour soi.

J’avais choisi d’emblée l’option de ne rien te cacher, pour rester celle que je suis (qui comprend bien des défauts), afin que jamais tu n’aies à penser que je t’aurais « trompée sur la marchandise », mais aussi car dans ma précédente relation j’avais camouflé mes attentes, enterré mes désillusions, ravalé mes colères, pour me diluer dans cette femme que je m’efforçais de paraître, qui ne réclame jamais, ne demande rien pour elle surtout, endosse toutes les tâches, et faisait croire à son bonheur, qu’elle s’était créé (et imaginé) toute seule finalement.

Les débuts furent difficiles, j’en conviens. Car chaque fois que tu émettais un avis, aussi timide fut-il, ça me bousculait dans mes convictions, chamaillait la surface lisse de ce précédent couple que je composais encore (et de ma famille) et que je voulais sauvegarder, et quand carrément tu n’enfilais pas de gant pour me faire admettre ton point de vue, je me retrouvais ko, comme frappée d’un violent uppercut.

De l’agacement initial à l’affrontement douloureux, en passant par les silences lourds de reproches, aux larmes amères, j’en suis arrivée à trouver dans ce mode de faire un filon précieux... celui de la confiance en l’autre. L’entière confiance. Celle où l’on se persuade à juste titre, non pas que l’autre ne peut pas fauter et donc nous faire du mal, mais qu’il souhaite de toutes ses forces que jamais ça n’arrive, car il a conscience de l’importance qu’il a pour nous, et qu’il en tire lui-même un délicieux et serein plaisir. Qu’en aucune façon il ne voudrait voir ça remis en cause...

Je me suis donc confiée à toi, par mes mots dits, écrits, chuchotés, répétés, dans des phrases parfois si alambiquées, que tout autre que toi y aurait perdu son latin. Mais tu as suivi, docile dans ta conviction de fidèle compagnonnage, puis plus bravache quand il s’agissait de m’encourager à prendre soin de moi, parfois féroce alors que je me dénigrais, souvent terriblement conciliant dans la résolution de nos problèmes relationnels, mais surtout indéniablement constant dans la sincérité de vouloir être toujours là pour moi.
Désormais, j’en suis devenue dépendante, et je te confie tout, et encore plus, allant jusqu’à te saouler d’anecdotes plus ou moins ridicules de ma vie, disproportionnant à l’envie mes états d’âme quand je ne sais plus gérer mes sentiments (de maman, notamment), te narrant dans le détail des trucs complètement loufoques dont tu ris à gorge déployée tant tu me trouves alors gamine, déphasée, dépassée, apeurée d’un rien.

Parfois, souvent même, je vais là où aucune autre n’aura été en toi, je le sais. Dans ces petits recoins, autrefois perclus de méfiance contre celles qui auraient pu mal y faire, et dont tu t’es trop bien gardé de permettre l’approche. Et alors tu souris, tes yeux sourient, gagnés de lumière, tu es comme un enfant qu’un cadeau démesuré effraye d’incompréhension, qui se dit « c’est pour moi ? C’est trop beau... c’est trop grand... »

Et dans ces moments-là, moi qui suis restée dans mes instincts celle qui ne se confiait jamais à l’autre (confier = s’en remettre à l’autre, s’abandonner à l’autre), je me sens gagnée soudain d’une complice confiance infinie, et convaincante, et je me sens alors tellement différente. Toute chose, toute bête !

Parfois c’est si simple le bonheur. C’est juste prendre conscience que l’autre ne te veut aucun mal, et qu’il veut être là, pour toi.
Toi, tu es là et, toi, tu me vois.
Toi, tu es là, pour moi. Je suis tellement chanceuse, surtout depuis que je suis consciente des choses et que je m’en suis convaincue.
Toi, tu es là, comme personne jamais ne l’a été avant toi.
Toi, tu es là, et merci ne suffit pas.
Toi, Mohand, tu es là, et je peux enfin fermer les yeux. Tu guides mes pas...