dimanche 19 décembre 2010

"Moteur...!... Coupez... "

Commencer la lecture d’un livre par sa fin. Connaître le dénouement d’un film, voire son déroulement entier (à la suite de la lecture d’une critique par exemple) et pourtant vouloir le visionner...

Ô sacrilège... Blessure d’amour propre infligée à l’écrivain ou au scénariste, qui auront voulu construire un suspens, l’entretenir, nous en «emmailloter»... Et le voilà éventré ! Certains insinueront que ceux qui font ça ne supportent en fait pas le suspens lié au dénouement de l’histoire et veulent donc s’en préserver.

Maurice Grevisse, professeur puis docteur en philosophie et lettres, le disait :«Un texte qui a un véritable intérêt littéraire peut être lu et apprécié alors que le suspens est éventré, voire relu, sans que le plaisir s’émousse». (tiens donc, pour ma part j’ai lu... puis relu, re-relu, re-re-relu... bref je la fais courte là «relu 7 fois»... «Belle du Seigneur», dont je connais parfaitement l’histoire, pour le seul plaisir de m’imprégner à nouveau de la succulence et du croustillant des détails fournis sur les personnages !

J’reviens au fil conducteur de mon post’. Le suspens éventré peut-il laisser place malgré tout au plaisir de découvrir une œuvre, ou pas ? Et si c’en n'est (normalement!) par la progression de l’intrigue et son aboutissement, ne puisse-il être question aussi et simplement du plaisir de «côtoyer» les personnages, s’en imprégner, se les «approprier».

Un mythe séculaire avait fourni l’intrigue du synopsis de «Oedipe, Roi de Sophocle». Or, les Grecs qui allaient en voir la représentation théâtrale connaissaient la destinée d’Œdipe. Ils savaient tous qu’au dernier acte il aurait besoin d’une canne blanche. Pourtant tous accouraient pour voir interpréter ce rôle. Ils connaissaient non seulement la fin de l’histoire, mais son déroulement... et prenaient malgré tout plaisir à assister aux représentations. Ce fut ainsi le cas de Freud, qui avait fait ses humanités, qui connaissait cette pièce par cœur, notamment lorsqu’il a assisté à la représentation qui allait faire «éclater» sa conviction, selon laquelle ses propres névroses sont universelles.

Bref quoi... on peut découvrir une œuvre et trouver ailleurs que dans le suspens grandissant ou dans la finalité de l'histoire, plaisir à la lire ou à la visionner.

Je concède/conçois qu'il n'apparaisse pas pour autant plaisant à tous, de vivre sans suspens !

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